Carole, pouvez-vous nous raconter comment est né Au 46 et en quoi votre histoire personnelle vous a conduite à faire de cette maison d’hôtes un lieu dédié au savoir-faire breton, dans l’architecture comme dans l’art de recevoir ?
L'ouverture d'une maison d'hôtes est un rêve qui date de 25 ans ! Avant cela, j'ai cheminé, cheminé encore et puis, il y a 9 ans j'ai rencontré Pierre avec qui cette aventure a pris forme. Pierre désirais vivre en Bretagne depuis 30 ans. Nous avons mêlé nos souhaits et la maison est venue nous trouver ! Les différents bâtis que nous occupons aujourd'hui sont issus de l'architecture néo-bretonne, nous avons également épousé les codes bretons dans les matières, les couleurs.
Vous avez réhabilité une ancienne épicerie-bistrot, une salle de bal de 1924 et un ancien fumoir à poissons : comment avez-vous travaillé avec les artisans locaux (menuisiers, tailleurs de pierre, décorateurs, artistes…) pour préserver l’âme bretonne du lieu tout en l’adaptant au confort d’une maison d’hôtes contemporaine ?
Nous avons eu à cœur de travailler avec les meilleurs artisans locaux : menuisier compagnon du devoir, peintre, maçon, plaquiste, électricien. Pierre s'est aussi emparé de quelques chantiers. Quand à moi, j'ai œuvré pour toute la partie déco. La rénovation de la salle de bal datant du siècle dernier fût le plus gros chantier : 9 mois de travail quasi non-stop. Chaque chambre possède sa propre identité selon des inspirations locales : Les Lichens, A marée basse ou encore Vers le large.
Dans les chambres comme dans les espaces communs, vous mettez en avant des objets, œuvres et créations bretonnes : quels critères guident vos choix et pouvez-vous nous donner quelques exemples concrets de collaborations qui incarnent le mieux ce métissage entre design, artisanat local et hospitalité ?
En effet, nous adorons chiner en ressourcerie ou brocante, nous aimons visiter les galeries et les boutiques regroupant plusieurs artistes. Ce sont les coups de cœur qui nous guident : chaque tableau ou objet repéré a déjà sa place Au 46 ! Et ce n'est jamais figé, nous aimons bouger meubles, tableaux et objets ! Nous avons également fait réaliser des œuvres spécifiques. Par exemple pour la chambre Les Lichens, nous avons rencontré Nathalie Desvignes, artiste céramiste qui a créé deux personnages, les Boulbigoods aux couleurs de cette suite, ocre et vert d'eau. A Pont-Aven, nous sommes tombés en amour avec un tableau d'Isabelle Courtiau, artiste peintre et professeur d'arts plastiques, pour la chambre Vers le large.
Votre table d’hôtes est 100 % bio, locale, végétale et de saison, avec un travail précis autour des légumes et des algues : comment construisez-vous vos menus avec les producteurs bretons, et en quoi cette cuisine devient-elle, selon vous, une vitrine du terroir et du savoir-faire maritime de la région ?
Je suis la cheffe cuisinière à bord et Pierre cultive ce que j'aime travailler. Mes créations se composent au grès des saisons. Ce que je préfère se sont les impro ! Je n'ai pas de menus fixes car il est impossible de prévoir ce que les potagers vont nous fournir. Je suis au service du potager plutôt ! Cet état d'esprit change radicalement le lien au vivant. Nous coopérons aussi des maraichers bio et engagés. Le territoire en regorge et ça, c'est formidable. L'usage des produits locaux me permet de créer des recettes à l'identité bretonne forte : le sarrazin a une belle place dans la cuisine du 46, les algues également (nori, laitue de mer, haricot de mer, dulce, kombu royale), l'artichaud, le chou-fleur figurent parmi mes légumes préférés. L'ancienne épicerie-bistrot est devenue un labo de fermentation ! Lactofermentations, boissons vivantes, pates miso trouvent leur place dans la bocauthèque du 46.
Au 46 est à la fois Ecolabel européen et refuge LPO : comment ces engagements environnementaux se traduisent-ils, très concrètement, dans votre manière de valoriser les connaissances et pratiques locales (gestion de l’eau, énergies, jardin, biodiversité), et comment vos hôtes perçoivent-ils cette dimension « par nature » ?
La région Bretagne portait et favorisait le déploiement de l'Ecolabel européen pour les hébergements touristiques. Nous avons été séduits par ce label exigent qui représentait une extension des valeurs que nous portions déjà intrinsèquement. A ce jour, ce label apparait comme le label d'excellence en matière touristique. Ce qui nous motive le plus est de faire en sorte que le tourisme soit le moins impactant possible sur l'environnement. Nous travaillons au quotidien avec les exigences de l'Ecolabel européen et cela est une véritable motivation, en plus d'être joyeux ! Ainsi, l'usage de l'eau, la récupération des eaux de pluie, la maîtrise des consommations électriques, la gestion des déchets (sachant que le meilleur déchet est celui qui n'existe pas !), les achats en vrac, etc, sont autant de sujets et d'actions qui nous mobilisent chaque jour. Nous sommes également refuge LPO : ce fût une belle révélation d'œuvrer selon les prérogatives de la LPO car grâce à leurs conseils avisés, nous avons pu recréer une véritable écosystème au sein de notre lieu, la biodiversité se développe d'année en année. Et la bonne nouvelle, c'est de se savoir être un maillon de cette biodiversité. Nos hôtes sont partie prenante de nos actions et très curieux d'en apprendre davantage.
Quand vous observez l’évolution du tourisme en Bretagne, pensez-vous que la mise en avant du savoir-faire local (artisans, producteurs, artistes, savoirs écologiques) est encore sous-exploitée dans l’hébergement, et quelles pistes aimeriez-vous voir se développer dans les prochaines années, à l’échelle du territoire ?
Une meilleure répartition de l'activité touristique sur l'année, notamment les ailes de saison afin de désengorger les mois de juillet/août. Favoriser le vélo/train, le slow tourisme donc ! Concernant l'alimentation, nous aimerions voire se développer davantage de propositions bio et végétales en restauration. L'alimentation est en effet un des leviers majeurs de l'adaptation au dérèglement climatique.
Pour terminer, quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite créer ou transformer un hébergement touristique en Bretagne pour en faire, comme Au 46, un lieu profondément ancré dans le savoir-faire régional, sans tomber dans le folklore ou le simple argument marketing ?
Incarner le lieu ! Etre, savoir être, montrer l'exemple sans le mentionner, agir avec humilité. Aimer les rencontres, les liens humains à l'heure où l'IA est dévastatrice, proposer la déconnexion numérique. Connaître le territoire et les endroits secrets hors des sentiers battus afin de transmettre aux guests ces tips tant appréciés ;-)
Pour en savoir plus : https://au-46-bretagne.fr