Agathe, pouvez-vous vous présenter et nous raconter comment est né Travel Abroad, ainsi que la manière dont votre propre histoire de voyageuse – notamment vos années à Montréal – a façonné votre vision du slow tourisme sur-mesure ?
Originaire de Vannes, j’ai toujours été passionnée par le voyage. À 16 ans, je pars seule dans une famille d’accueil en Oregon, aux États-Unis. Deux ans plus tard, je m’envole pour Toronto en tant que fille au pair. Très vite, je deviens accro à cette sensation unique que procure le voyage : les rencontres, les découvertes et l’apprentissage permanent.
À 20 ans, je pars en Nouvelle-Zélande avec un visa PVT. C’est là que je découvre véritablement une autre façon de voyager : plus libre, plus immersive et plus humaine. Je fais du volontariat via Workaway, je me déplace en stop et je partage le quotidien des habitants. Cette expérience marque un tournant dans ma manière de concevoir le voyage.
Au fil des années, j’ai continué à explorer le monde, mais ces premières expériences ont profondément façonné ma vision. Elles m’ont donné envie d’aider d’autres personnes à vivre des aventures enrichissantes à l’étranger. À l’origine, Travel Abroad est né avec l’idée d’accompagner les jeunes bacheliers souhaitant partir en année de césure, en leur apportant conseils, accompagnement et réassurance grâce à mon propre vécu.
Mes études dans le tourisme m’ont ensuite amenée à développer une offre de voyages sur mesure. C’est finalement ce service qui a rencontré le plus grand succès, car il répond à une envie croissante de voyager autrement, de manière plus authentique et personnalisée.
J’ai vécu au Canada à trois reprises, dont la plus récente entre 2023 et 2025. Ces deux années d’expatriation m’ont permis de découvrir le Québec et l’Ouest canadien en profondeur. J’aime sortir des sentiers battus : j’ai notamment exploré les Îles de la Madeleine et l’île de Vancouver, deux destinations qui reflètent parfaitement ma passion pour les territoires préservés.
Ma curiosité naturelle me pousse toujours à rechercher les hébergements atypiques, les cafés fréquentés par les locaux, les artisans passionnés ou encore les randonnées moins connues. C’est cette approche qui nourrit aujourd’hui ma vision du slow tourisme sur mesure : prendre le temps de découvrir une destination en profondeur, privilégier les rencontres et les expériences authentiques, et créer des voyages qui ont du sens plutôt que de simplement cocher des lieux sur une liste.
Concrètement, lorsque vous concevez un voyage sur-mesure en mode slow tourisme, comment se déroule votre processus de création, depuis la première discussion avec le voyageur jusqu’à la remise du carnet de voyage personnalisé ? Pourriez-vous illustrer avec un exemple précis de séjour que vous avez organisé ?
Après une validation de mes tarifs par email, je conviens d'un appel exploratoire avec mes clients pour mieux connaître leurs envies. Ensuite, j'effectue toutes les recherches (transports, création de l'itinéraire, hébergements, activités, recommandation de guides, restaurants, shopping, etc. J'essaye de sélectionner uniquement des hébergements type hôtels boutiques, hébergements atypiques, établissements éco-responsables ou indépendant pour faire fonctionner l'économie local. Cela peut aussi être un voyage en van ou en camping. Pareillement pour les activités, je mets en valeur les entreprises à taille humaine et éco-responsables. Par exemple, lors d'un voyage au Québec, tout le monde veut se rendre à Tadoussac pour voir les baleines. Je sélectionne des entreprises qui partent avec 12 personnes par bateau (maximum 24), dans une zone moins fréquenté et qui respectent les normes environnementales envers les mammifères. Je donne toujours aussi 2/3 endroits où ils peuvent simplement les observer du rivage pour ceux qui veulent avoir aucun impact sur l'environnement des cétacés. Mes clients reçoive les propositions au fur et à mesure et réservent directement via les liens de paiement. Ensuite, je créer un carnet de voyage digital qui a été éco-conçu. Concrètement ça veut dire quoi ? Pas de photo en pleine page, des couleurs qui consomment moins lors de l'impression et du papier français écocert. Le carnet s'accompagne d'une carte interactive digitale (et peut-être bientôt l'accès à une application mobile). Si le client le souhaite, je lui envoi le carnet imprimé par la poste. Je reste disponibilité pour échanger avec mes clients jusqu'à leur départ et bien entendu je leur recommande toujours une assurance voyage en cas de pépin sur place.
Votre modèle sans commission est assez atypique dans l’univers du voyage : en quoi ce choix modifie-t-il votre façon de sélectionner les hébergements, transports et activités, et comment cela vous permet-il de rester fidèle à l’esprit du slow tourisme plutôt qu’à une logique de catalogue ?
Chaque voyage sur mesure débute par un échange approfondi avec le voyageur. Après une première validation de mes tarifs par e-mail et l'explication de la singularité du métier de travel planner, nous convenons d’un appel exploratoire. Cet entretien est essentiel : il me permet de comprendre les envies, le rythme de voyage souhaité, les centres d’intérêt, les habitudes de voyage, mais aussi les valeurs de mes clients. Certains recherchent avant tout la nature, d’autres les rencontres locales, la gastronomie ou encore les hébergements insolites. Bien entendu, le voyage est adapté selon la saison.
À partir de cette discussion, je construis un itinéraire entièrement personnalisé. Je réalise toutes les recherches : transports, hébergements, activités, bonnes adresses, guides locaux, restaurants ou encore suggestions de boutiques artisanales. Dans une démarche de slow tourisme, je privilégie autant que possible les hébergements indépendants, les hôtels de charme, les établissements écoresponsables ou les logements atypiques qui participent à l’économie locale. Selon le projet, cela peut aussi prendre la forme d’un voyage en van ou d’un itinéraire en camping et parfois quelques Airbnb lorsque c'est plus pratique surtout en famille.
Le même principe s’applique aux activités. Je sélectionne des entreprises à taille humaine qui ont une démarche responsable et qui permettent une découverte plus authentique du territoire.
Par exemple, pour un séjour au Québec, de nombreux voyageurs souhaitent observer les baleines. Plutôt que de les orienter vers les excursions les plus fréquentées, je recommande des opérateurs qui limitent le nombre de passagers à bord, évoluent dans des zones moins fréquentées et respectent des normes strictes de protection des mammifères marins. Je propose également systématiquement plusieurs points d’observation depuis le rivage pour les voyageurs qui souhaitent profiter du spectacle sans aucune perturbation pour les cétacés.
Tout au long de la préparation, les voyageurs reçoivent mes propositions au fur et à mesure et effectuent directement leurs réservations via les liens fournis. Cette formule leur garantit une totale transparence et une grande liberté dans leurs choix.
Une fois l’itinéraire finalisé, je réalise un carnet de voyage personnalisé. Celui-ci a été conçu selon des principes d’éco-conception : mise en page optimisée, utilisation raisonnée des visuels, couleurs adaptées pour limiter l’impact de l’impression et impression possible sur papier français certifié. Le carnet est complété par une carte interactive accessible en ligne, permettant de retrouver facilement toutes les étapes du voyage. À terme, ce service pourrait également être disponible via une application mobile.
Enfin, mon accompagnement ne s’arrête pas à la remise du carnet. Je reste disponible pour répondre aux questions jusqu’au départ et je sensibilise toujours mes clients à l’importance de souscrire une assurance voyage afin de partir sereinement.
Vous avez accompagné des voyageurs vers des destinations très variées, de l’Ouzbékistan aux Îles Féroé en passant par le Périgord ou la Normandie. Quels sont les défis spécifiques pour créer une expérience de slow tourisme dans des contextes aussi différents, et qu’est-ce qui, selon vous, fait qu’un itinéraire est vraiment “slow” plutôt que simplement “moins rempli” ?
Effectivement, j'ai organisé des voyages dans des destinations très variées mais je suis désormais spécialisée sur le Canada car c'est la destination que je connais le mieux. Ayant visité plus de 20 pays, j'accepte des demandes pour d'autres destinations au cas par cas. Un itinéraire slow est par principe moins rempli mais il est surtout pensé et réfléchi pour que le rythme du voyage permette aux voyageurs de créer des souvenirs et de vivre des moments authentique. Pour le Québec par exemple, grâce à ma connaissance terrain, je suis capable d'anticiper et de savoir pertinemment où mes clients souhaiteront se poser pour un coucher du soleil, prendre un verre ou profitez d'une baignade en famille en prenant son temps. Bien entendu, le slow tourisme va bien plus loin que ça, il s'agit aussi de rencontrer les locaux (lors de festivité locales par exemple), d'aller à la rencontre des artisants (ex: acheter du fromage locale dans une ferme ou visiter une cidrerie) mais aussi, de proposer des itinéraires alternatifs pour ceux qui souhaitent être en total immersion et pas forcément voir les incontournables. Et bien plus encore mais il faudra plus qu'un article ;)
Dans vos échanges avec les clients, quels sont les freins ou malentendus les plus fréquents autour du slow tourisme (peur de “s’ennuyer”, crainte de passer à côté de l’essentiel, budget, temps disponible…) et comment parvenez-vous à les lever de manière très concrète dans vos propositions de voyage ?
Le principal frein est que les personnes veulent tout voir en un temps record mais souhaitent à la fois un voyage nature et immersif. Concrètement, selon le temps qu'ils ont, je leur dit tout de suite si l'itinéraire qu'ils envisagent est faisable ou non et encore une fois je leur explique qu'il faut prendre en compte les temps de route et surtout des temps libre pour vivre son voyage et non le subir. Il y a aussi ce besoin de vouloir tout voir et tout faire par peur de passer à côté de son voyage.
À partir de ce que vous observez en France, au Canada et en Europe, comment imaginez-vous l’évolution du slow tourisme dans les prochaines années : quelles tendances fortes voyez-vous émerger, et comment Travel Abroad se prépare-t-il à y répondre sans perdre sa dimension artisanale et sur-mesure ?
J'ai l'impression que nous vivons dans un monde où tout va toujours plus vite. On veut consommer vite, acheter vite, obtenir des réponses immédiatement, et cette logique se retrouve parfois aussi dans le voyage. Beaucoup de personnes ont encore cette idée de vouloir « faire un pays » plutôt que de vraiment le découvrir.
Mais en parallèle, je constate une envie grandissante de voyager autrement. De plus en plus de voyageurs cherchent à ralentir, à se reconnecter à la nature, à prendre du temps pour eux et à vivre des expériences plus authentiques. Je remarque notamment que mes clients français sont de plus en plus attirés par les destinations nature, les grands espaces et les régions où ils peuvent trouver un peu de fraîcheur pendant l'été. Les épisodes de canicule que nous connaissons depuis plusieurs années y sont probablement pour quelque chose.
Je constate aussi que les habitudes de voyage peuvent être très différentes selon les pays et les cultures. Au Canada, par exemple, les croisières et les séjours tout inclus sont davantage ancrés dans les habitudes de certains voyageurs, alors qu'en France, ce type de vacances reste moins répandu. Cela montre qu'il existe plusieurs façons de voyager et que le slow tourisme représente encore une approche relativement récente pour une partie du public.
Pour les prochaines années, je pense que les voyageurs seront de plus en plus attentifs à l'impact de leurs vacances, mais aussi à leur qualité. Ils chercheront moins à accumuler les expériences et davantage à vivre des moments qui ont du sens, à rencontrer des habitants, à soutenir des entreprises locales et à découvrir une destination de manière plus profonde.
De mon côté, Travel Abroad continuera à évoluer sans perdre son ADN. Je reste constamment à l'affût de nouveaux hébergements indépendants, d'activités à taille humaine et d'initiatives locales qui permettent de voyager de façon plus responsable. Mais je tiens surtout à préserver ce qui fait l'essence de mon métier : un accompagnement humain et des voyages conçus entièrement sur mesure.
Chaque voyageur est différent, chaque projet est différent, et je souhaite que cela reste ainsi. À mes yeux, le slow tourisme ne peut pas être standardisé. Il doit rester une démarche artisanale, construite autour des envies et du rythme de chaque personne.
Pour conclure, quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui veut transformer son prochain voyage – même un court séjour en France – en véritable expérience de slow tourisme, avec un ou deux gestes simples à adopter dès la phase de préparation ?
Allez sur les sites internet des offices de tourisme, vous y trouverez toujours (presque) une section sur le slow tourisme ou le tourisme vert dans la région ou le pays que vous comptez visiter. On sous estime cette ressource gratuite qui est pourtant une mine d'or pour connaître de petits prestataires que vous aurez peut-être plus de mal à trouver sur internet. Renseignez-vous sur l'éthique des activités surtout lorsque ça touche aux animaux. Fuyez les balades à dos d'éléphants, les nages avec dauphins ou encore les bateaux pour faire du snorkeling à 100 personnes par bateau sur des zones déjà sensibles. Vos choix de consommation en voyage impacteront directement les locaux. Consommez local, que ce soit dans un restaurant plutôt qu'une chaîne, un B&B plutôt qu'un hôtel franchisé, un souvenir artisanale plus cher plutôt que 10 faits en Chine vous permettra de vivre un voyage plus authentique tout en participant à l'économie locale. Pour finir : soyez curieux et faite différemment : c'est là que la magie opère !
Pour en savoir plus : https://www.travelabroad.fr/