Aller au contenu principal
Interview de Eric Rinquin-Gummers de Auberge du Cabestan Hotel *** Audierne Finistere: Accueillir et fidéliser les voyageurs dans une auberge bretonne de caractère

Eric, pouvez-vous nous raconter comment vous en êtes venu à diriger l’Auberge du Cabestan avec Marie-Noëlle, et en quoi ce lieu, au cœur du Cap Sizun, façonne votre manière d’accueillir et de fidéliser les voyageurs ?

L'Auberge Du Cabestan Audierne est avant tout une histoire de la famille; L' hotel a été créé dans les années 196àS par les parents de ma femme - Marie-Noelle - un couple entreprenant qui a fait de cette addrrese l'un des piliers d l'hospitalité en Cap Sizun; Finistere. En 2012 Marie-Noelle a decidé de le reprendre. Son parcours n'avait rien de conventionnel: grandi dans cette maison, école hoteliere, linguiste, co-fondatrice d'une creperie en Allemagne et une ecole de langues a Londres. Bretonnante avec un attachement profonde et personnel a l'identité bretonne. La rénovation a été complete et réféchie. Nous sommes dans le bourg d'Esquibien, 3KM de l'embarcadere pour l'ile de Sein, face a une église du XVe siecle, dans un environment calme avec un grand jardin d'arbres et d'hortensias - un lieu qui respire. La personaliité bretonne se lit dans les detail: l'architecture néo-bretonne, une comptoir de bar des années 1970 entierement restauré, des affiches vintage de Bretagne et des oeuvres d'artistes locaux. Ce que nous offrons aux voyageurs n'est pas une experience standardisée. C'est une lieu avec une vrai histoire.

Vos clients soulignent souvent l’hospitalité et la cuisine maison à base de produits locaux. Concrètement, comment transformez-vous un simple séjour à l’auberge en expérience mémorable, au point de donner aux voyageurs l’envie de revenir ou de vous recommander ?

Nous ne sommes pas des hôteliers qui ont choisi le Cap Sizun pour son potentiel
touristique. Nous sommes des locaux, enracinés dans ce territoire, et c'est cette
différence qui change tout dans la relation que nous construisons avec nos voyageurs.Ce lien commence à table. Tout notre poisson provient de petits bateaux, pêché pardes pêcheurs bretons de la région. À moins de deux kilomètres de l'auberge, une fermebio fournit nos yaourts et fromages — on peut y voir les vaches paître dans les prés.
Nous servons les bières locales du Cap Sizun et le jus de pomme de Kerne, le cidrierdu coin. Ce n'est pas une carte marketing : c'est simplement ce que nous mangeons et buvons nous-mêmes.
Le lien se prolonge au-delà de l'assiette. Quand nos clients nous demandent quoi faire,quoi voir, où aller — nous ne leur tendons pas une brochure.Nous leur parlons. Nous leur indiquons des plages moins connues, des endroits que les guides ne mentionnent,pas, des itinéraires que seuls les gens du coin empruntent. La Pointe du Raz et l'Île de
Sein sont magnifiques et méritent leur réputation — mais il y a autour d'elles tout un
territoire à vivre, loin des foules, que nous partageons volontiers avec ceux qui ont la
curiosité de demander.
C'est ce que nous appelons l'hospitalité bretonne dans sa forme la plus directe : non
pas un service, mais un partage. Le voyageur ne repart pas seulement avec des
souvenirs de paysages — il repart avec des adresses, des noms, des histoires. Avec le
sentiment d'avoir été, le temps d'un séjour, un peu d'ici.
C'est ce lien-là, nous croyons, qui fait revenir les gens. Pas l'hôtel — le territoire, et
ceux qui le font vivre.

Vous accueillez aussi bien des familles, des randonneurs du GR34, des cyclotouristes "Accueil Vélo" que des personnes en situation de handicap. Comment parvenez-vous à personnaliser l’accueil pour ces publics très différents tout en préservant l’âme d’une auberge bretonne de caractère ?

Ce qui nous tient à coeur, c'est que chaque voyageur — quelle que soit la raison qui
l'amène — se sente attendu, et non simplement reçu. La diversité de notre clientèle
n'est pas une contrainte à gérer : c'est le reflet même de ce que le Cap Sizun a à offrir,et nous avons structuré l'auberge pour y répondre concrètement.
Pour les familles, nous proposons des suites familiales pouvant accueillir trois, quatre ou cinq personnes — des espaces pensés pour que les parents soufflent et que les enfants se sentent à l'aise, dans un grand jardin planté d'arbres centenaires etd'hortensias qui invite naturellement au temps libre.
Pour les randonneurs qui suivent le GR34 ou explorent les sentiers du Cap Sizun, noussommes labellisés Rando Accueil. Cela se traduit par des itinéraires de randonnée misà disposition, la possibilité de composer des pique-niques pour les étapes de lajournée, et un accueil qui connaît le territoire par coeur — parce que nous y vivons, et pas seulement pour en parler aux clients.
Pour les cyclotouristes, nous portons le label Accueil Vélo, avec un local de stockage sécurisé pour les vélos. Ceux qui arrivent après une longue étape savent qu'ils peuvent poser leur monture en confiance avant même de poser leurs bagages.
Enfin, pour les personnes en situation de handicap, l'auberge dispose d'une chambre labellisée Tourisme & Handicap, parce que l'hospitalité bretonne ne saurait être sélective.
Ce qui relie tous ces accueils, c'est la même intention : ne pas traiter le voyageur
comme un passage, mais comme quelqu'un qui mérite qu'on lui consacre du temps etde l'attention. C'est cela, pour nous, l'âme d'une auberge de caractère — elle ne
change pas selon le public, elle s'adapte sans jamais se trahir.

L’Auberge du Cabestan est située dans un environnement paisible, face à une église du XVIe siècle et à proximité de sites emblématiques comme la Pointe du Raz et l’Île de Sein. Comment tirez-vous parti de ce cadre et du territoire breton pour créer un lien émotionnel fort entre les voyageurs, l’auberge et la région ?

Nous ne sommes pas des hôteliers qui ont choisi le Cap Sizun pour son potentiel
touristique. Nous sommes des locaux, enracinés dans ce territoire, et c'est cette
différence qui change tout dans la relation que nous construisons avec nos voyageurs.
Ce lien commence à table. Tout notre poisson provient de petits bateaux, pêché par
des pêcheurs bretons de la région. À moins de deux kilomètres de l'auberge, une ferme bio fournit nos yaourts et fromages — on peut y voir les vaches paître dans les prés.
Nous servons les bières locales du Cap Sizun et le jus de pomme de Kerne, le cidrier du coin. Ce n'est pas une carte marketing : c'est simplement ce que nous mangeons et buvons nous-mêmes.
Le lien se prolonge au-delà de l'assiette. Quand nos clients nous demandent quoi faire, quoi voir, où aller — nous ne leur tendons pas une brochure. Nous leur parlons. Nous leur indiquons des plages moins connues, des endroits que les guides ne mentionnent pas, des itinéraires que seuls les gens du coin empruntent. La Pointe du Raz et l'Île de Sein sont magnifiques et méritent leur réputation — mais il y a autour d'elles tout un
territoire à vivre, loin des foules, que nous partageons volontiers avec ceux qui ont la
curiosité de demander.
C'est ce que nous appelons l'hospitalité bretonne dans sa forme la plus directe : non
pas un service, mais un partage. Le voyageur ne repart pas seulement avec des
souvenirs de paysages — il repart avec des adresses, des noms, des histoires. Avec lesentiment d'avoir été, le temps d'un séjour, un peu d'ici.
C'est ce lien-là, nous croyons, qui fait revenir les gens. Pas l'hôtel — le territoire, et
ceux qui le font vivre.

Les notes élevées sur les plateformes en ligne sont un atout, mais aussi une pression au quotidien. Comment gérez-vous les attentes générées par ces avis, et pouvez-vous nous décrire une situation où une critique ou un retour client vous a permis d’améliorer durablement votre manière d’accueillir ?

Nous ne vivons pas les avis en ligne comme une pression — nous les vivons comme un dialogue. Chaque commentaire est lu avec attention, chaque retour reçoit une réponse, qu'il soit élogieux ou critique. C'est une discipline que nous nous imposons par conviction, pas par obligation : un voyageur qui prend le temps d'écrire mérite qu'on lui réponde avec le même soin.
Notre note de 4,5 sur 5 — soit 90 % de satisfaction sur TripAdvisor — est pour nous
moins un trophée qu'un baromètre. Elle nous dit que nous sommes sur la bonne voie, mais elle ne nous autorise pas à nous installer dans nos habitudes.
Un exemple concret : des clients nous ont fait remarquer qu'ils auraient aimé prendre leur temps le matin, sans se sentir contraints par les horaires du petit-déjeuner. Nous avons élargi ces horaires. Aujourd'hui, nos hôtes peuvent s'attarder autour d'un petit-déjeuner soigné, fait de produits locaux, en écoutant la musique classique que nous diffusons chaque matin dans la salle. Ce moment — calme, sans précipitation —est devenu l'une des choses que les clients mentionnent spontanément dans leurs avis.
Nous acceptons la critique quand elle est justifiée. Nous la remercions même, parce
qu'elle nous oblige à regarder ce que le quotidien nous rend parfois invisible.
La pression des avis, au fond, nous ressemble : nous nous la mettons nous-mêmes,
bien avant que les plateformes existent.

Avec l’essor du tourisme à vélo, de la randonnée et des séjours plus responsables, comment imaginez-vous l’évolution de l’accueil en auberge dans les cinq à dix prochaines années, et quelles adaptations envisagez-vous pour continuer à fidéliser cette clientèle en quête d’authenticité ?

Le tourisme responsable n'est pas pour nous une tendance à suivre — c'est une
conviction que nous pratiquons depuis la reprise de l'auberge. Ce que le voyageur
d'aujourd'hui commence à exiger, nous l'avons simplement toujours considéré comme une évidence.
Concrètement : nous gérons notre propre blanchisserie avec des produits lessiviels
respectueux de l'environnement, pour éviter que le linge soit transporté par la route
vers des blanchisseries industrielles. Nous n'utilisons pas de plastique. Les déchets
alimentaires sont compostés. Et pour les clients qui séjournent plusieurs jours et
choisissent de réutiliser leurs serviettes, nous plantons un arbre en leur nom — sur les
falaises du Cap Sizun, à quelques kilomètres de l'auberge.
Ces engagements rejoignent naturellement notre approche des circuits courts : poisson
de pêche artisanale bretonne, produits laitiers bio d'une ferme à moins de deux
kilomètres, boissons locales. La cohérence entre ce que nous servons et ce que nous
défendons n'est pas un argument commercial — c'est simplement la manière dont
nous vivons ici.
Pour les prochaines années, nous croyons que la clientèle randonnée et vélo va
continuer à croître, portée par une envie profonde de ralentir, de se reconnecter à la
nature et à l'humain. Notre rôle est de continuer à approfondir ces engagements, pas de les afficher.
L'avenir de l'auberge de caractère appartient à ceux qui savent que fidéliser un
voyageur ne passe pas par les programmes de points — mais par la confiance qu'on
lui inspire, et le territoire qu'on lui fait aimer

Pour terminer, quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite ouvrir ou reprendre une petite auberge de caractère en Bretagne aujourd’hui, afin de créer une relation durable avec ses hôtes plutôt qu’un simple passage d’une nuit ?

Un seul conseil, mais il conditionne tout le reste : avoir une conviction profonde sur ce
que l'on veut offrir — et la mettre en actes, chaque jour, avec une vision à long terme
plutôt que court terme.
Le piège du secteur hôtelier, c'est de se laisser gouverner par les chiffres immédiats,
les plateformes, les tendances du moment. Une auberge de caractère ne se construit
pas en optimisant un taux d'occupation — elle se construit en sachant exactement
pourquoi on fait ce métier, et en restant fidèle à cette raison même quand c'est difficile.
La fidélité des clients est le fruit d'une cohérence dans le temps. Ils reviennent parce
qu'ils savent ce qu'ils vont trouver — non pas la même chambre, mais la même âme.
Cette constance ne s'improvise pas : elle est le résultat d'une conviction incarnée, jour
après jour, par ceux qui tiennent la maison.
En Bretagne plus qu'ailleurs, les gens sentent l'authenticité — et ils sentent aussi
quand elle fait défaut. Ce territoire a une exigence. Il faut être à la hauteur, non par
performance, mais par sincérité.

Pour en savoir plus : https://www.aubergeducabestan.com

Publié le