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Sur l’île de Groix, le phare de Pen-Men, classé monument historique et plus puissant phare du Morbihan, vient d’être entièrement automatisé. Histoire, mémoire des gardiens et conseils pratiques pour organiser une randonnée depuis Lorient jusqu’à la pointe ouest.
Phare de Pen-Men à Groix : la veille s'éteint, ce que perd la côte sud

Phare de Pen-Men : la fin d’une veille humaine sur l’île de Groix

Sur la pointe ouest de l’île de Groix, le phare de Pen-Men vient de tourner une page silencieuse. Mi-avril 2024, l’édifice classé monument historique a été entièrement automatisé par les services des Phares et Balises, mettant fin à une présence humaine continue commencée au XIXe siècle. Pour qui arrive de Lorient, ce phare puissant du Morbihan n’est plus seulement un repère en Manche ouest, c’est désormais un symbole d’absence et de transition pour le littoral breton.

Construit en pierre entre 1836 et 1857, puis mis en service en 1859 après plusieurs décennies de travaux, le phare Pen-Men s’élève à 27,66 mètres et projette son optique jusqu’à 54 kilomètres au large, ce qui en fait le phare le plus puissant du Morbihan avec une portée de 54 km. Cette construction de phare, soutenue par l’État français et les ingénieurs maritimes, répondait à la nécessité de sécuriser la navigation autour de l’île de Groix et de réduire les naufrages sur cette côte d’ouest souvent battue par les vents. Aujourd’hui, la même optique veille encore, mais la salle des machines, la cuve à mercure et les anciens systèmes au gaz et à l’huile ne résonnent plus des pas d’une gardienne ou d’un gardien, comme le notent les derniers rapports de service conservés aux archives maritimes.

Classé parmi les monuments historiques de France depuis 2011, le phare Pen-Men reste un monument de pierre à tour carrée posé au milieu de la lande et de la bruyère, loin du port Tudy et de ses terrasses animées. Sa localisation à la pointe de Pen-Men, parfois confondue avec la pointe des Chats sur certaines cartes touristiques, en fait un but de randonnée idéal pour qui arpente le GR34 sur l’île de Groix. Mais derrière la carte postale du groix phare isolé, l’automatisation interroge sur ce que perd un littoral quand un phare se vide de ses voix humaines, comme si la côte se retrouvait privée d’un témoin discret mais essentiel.

Ce que voyait le gardien : météo, sauvetages et mémoire de la côte

Un gardien de phare sur l’île Groix vivait face à la mer totale, observant chaque variation de houle, chaque front nuageux qui montait du large. Depuis la maison du phare accolée à la tour carrée, il surveillait les cargos en Manche ouest, les chalutiers qui rentraient vers le port de Groix Morbihan et les voiliers qui cherchaient l’alignement lumineux entre Pen-Men et la croix de balisage au large. La nuit, la moindre panne d’optique ou de feu obligeait à descendre dans la salle des machines, à vérifier la cuve de mercure, à écouter le ronronnement des groupes électrogènes, prêt à intervenir avant que la lumière ne s’éteigne pour les marins en approche.

Dans le journal de quart, ce gardien consignait la météo précise, les changements de houle, les signaux de détresse et les communications avec le port Tudy, autant de pages qui racontaient la vie maritime mieux qu’une simple carte marine. On y trouvait la trace des sauvetages improvisés, des collisions évitées grâce au phare puissant, des jours de brume où la lumière semblait se dissoudre avant même de quitter la lentille. Ces données ne seront plus notées avec la même épaisseur humaine, remplacées par des relevés numériques qui ignorent les silences, les hésitations, les gestes répétés autour des anciens systèmes au gaz et à l’huile, comme l’a résumé un ancien gardien : « Les chiffres diront le vent, mais pas la peur dans la voix à la radio ».

Le dernier gardien, qui a vu l’édifice passer d’une technologie d’huile à l’électrification dans les années 1950 puis à un système presque entièrement automatisé au début des années 2000, incarnait cette mémoire vivante du patrimoine maritime. Il connaissait chaque pierre de la construction du phare, chaque craquement de la maison du phare lors des coups de vent d’ouest, chaque nuance de lumière sur la pointe de Pen-Men quand la pluie balayait l’île de Groix. Avec son départ entériné en 2024, le phare Pen-Men rejoint la liste des phares bretons automatisés comme la Vierge, Eckmühl ou Saint-Mathieu, où la technique a pris le relais mais où la côte a perdu un témoin humain, un veilleur capable de raconter la mer autant que de la baliser.

Visiter Pen-Men depuis Lorient : randonnée, patrimoine et Bretagne en transition

Pour rejoindre le phare Pen-Men depuis Lorient, l’itinéraire reste simple et concret pour un randonneur qui connaît déjà la Bretagne. On embarque au port de Lorient pour une traversée courte d’environ 45 minutes vers le port Tudy, porte d’entrée de l’île Groix Morbihan, puis on gagne la pointe ouest par les chemins côtiers ou les petites routes intérieures. Comptez environ deux heures de marche en suivant le sentier côtier du GR34, soit près de 7 à 8 kilomètres, avec des vues régulières sur la pointe des Chats, les criques encaissées et les champs qui rappellent que Groix est autant une île de pêche qu’un paysage agricole façonné par les habitants.

Sur place, le phare de Pen-Men ne se visite de l’intérieur qu’à de rares occasions, notamment lors des Journées du Patrimoine où l’on peut parfois accéder à la salle des machines et aux espaces techniques. En été, des visites guidées sont organisées pour expliquer l’histoire du phare Pen-Men, son rôle de phare puissant en Manche ouest et les enjeux de son automatisation récente, entre sécurité maritime et disparition du métier de gardien. Le reste du temps, on se contente de longer l’enceinte du monument historique, d’observer la tour carrée, la maison du phare et la lande rase qui plonge vers l’ouest, en mesurant ce que signifie un littoral surveillé uniquement par des capteurs, appareil photo en main pour saisir la silhouette du phare au coucher du soleil.

Pour préparer cette randonnée, mieux vaut consulter les cartes détaillées de l’île de Groix et vérifier la localisation précise de la pointe de Pen-Men, car certains plans touristiques confondent encore les pointes et les chemins. Les amateurs de culture bretonne pourront prolonger le séjour en combinant cette marche avec un fest-noz sur le continent ou avec un événement du festival Gouel Breizh, dont une sélection d’animations est présentée sur une page dédiée de Bretagne Expérience, afin de replacer le phare Pen-Men dans un patrimoine vivant plutôt que figé. Entre romantisme du gardien solitaire et réalité d’un métier extrême, la visite de ce phare de Groix rappelle qu’un monument, même automatisé, reste un repère pour les marins mais aussi pour ceux qui marchent, carnet en main, à la recherche d’une Bretagne qui respire loin des foules et des itinéraires trop balisés.

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